Visite de l’INSAAC à Abidjan

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Ça y est, les premières nouvelles de l’aventure arrivent enfin sur le site ! Notre première semaine en Côte d’Ivoire a été riche en découvertes, et en rencontres, comme tout le monde pouvait s’en douter. Nous avons eu la chance de créer des liens avec des habitants qui nous ont chaleureusement accueillis et se sont mis dans la peau d’ambassadeurs de leur ville, Abidjan aux mille couleurs. Le Couchsurfing a été un tremplin fabuleux pour créer des opportunités de rencontres (Moustafa, Zana, Clelia et Leaticia, si vous lisez cela, encore merci pour tout !), on le recommande à tous les voyageurs !

De rencontre en rencontre, nous nous sommes finalement retrouvées, autour d’une table avec des étudiants en arts d’Abidjan. L’occasion de découvrir le fonctionnement de leur école était trop grande pour passer à côté ! Le lendemain, jeudi 1er novembre, nous nous y rendons. C’est jour férié, mais comme tous les jours et toutes les nuits, l’INSAAC (l’Institut National des Arts et des Actions Culturelles) est ouvert pour ses étudiant.e.s.

La visite de l’école en bonne compagnie

José et Gérard, rencontrés la veille à Blockauss, nous guident dans les couloirs à ciel ouverts. Nous rencontrons pas mal de choses familières dès notre arrivée ; le bazar dans les ateliers, des couleurs sur les murs, sur le sol, sur les habits, des étudiant.e.s qui vont et qui viennent avec du matériel récupéré par-ci par-là ou de la nourriture… Puis, on nous explique.

L’INSAAC regroupe le lycée d’enseignement artistique, l’école nationale des beaux-arts (ENBA), et l’école de dramaturge et de musique. José a 23 ans et rentre en 1ère année aux beaux-arts, après avoir fait une licence à l’école technique de design et s’être spécialisé dans les luminaires. Gérard a 27 ans et commence son master aux beaux-arts, en peinture. Le concours pour entrer à l’ENBA est très difficile et les exigences sont différentes de celles que l’on connaît. « Il faut savoir dessiner, et bien dessiner ! ». On met beaucoup l’accent sur la technique et les règles, durant toute la formation, que l’on ne gère pas de la même manière, voire que l’on évite parfois en France… « C’est la formation militaire », nous disent-ils en riant.

En peinture, ils.elles apprennent à développer leur style graphique en commençant par travailler la reproduction réaliste. Un élève nous montre toutes les étapes par lesquelles il est passé pour créer sa propre représentation de l’éléphant. Il a d’abord travaillé les proportions réelles maintes fois avant de transformer cela petit à petit en quelque chose de plus abstrait puis plus symbolique. Pour enfin trouver son propre style.

Ils parlent de leurs œuvres quand nous on parle de nos travaux, et disent toutes les heures que « l’art, c’est sacré » avec des étincelles dans les yeux.

INSAAC Abidjan

INSAAC Abidjan

Le Design Textile à l’INSAAC

Nous rencontrons le professeur de design textile qui nous explique la formation qu’il dispense. Tout semble très axé sur le pagne, le travail de motif et d’impression au cadre étant le principal objet d’étude. Les étudiant.e.s qui souhaitent intégrer la section doivent passer un examen et prouver leurs compétences au dessin de motif à la main selon des règles de proportion des grandes productions. Une fois accepté.e.s dans la classe, les futur.e.s designers textile apprennent aussi à utiliser les logiciels numériques. « C’est trop facile sur l’ordinateur, on peut pondre 50 motifs en une journée. Mais si un jour, quand ils iront travailler, ils n’ont pas accès à un ordinateur, ils.elles feront comment ? Toutes les boîtes n’en ont pas ! Alors, ici nous mettons l’accent sur le travail manuel, le travail artisanal. Nous utilisons l’ordinateur pour faire les variations après avoir travaillé à la main, pour changer les couleurs par exemple. » Et là, nous nous rendons compte que la réalité du travail est une problématique bien plus importante que dans nos écoles d’art françaises.

A l’école de jour comme de nuit

La visite continue vers « le village », un lieu jouxtant les bâtiments, au milieu de la jungle, avec des installations de fortune. Cela a été créé pour permettre à celles et ceux qui ne vont pas « au village » (chez les parents, les grands-parents, souvent à l’écart des villes, où on apprend les traditions, « les racines ») d’y aller quand-même. José et Gérard nous expliquent aussi qu’ils dorment à l’école. Ils s’installent des nattes sur la pelouse. L’école est leur maison, ils y passent tout leur temps ; ils travaillent parfois la nuit, surtout en 1ère année à cause de l’exigence requise. Ils ont fait plusieurs grosse grève l’année passée pour protester contre l’absence de bourse qu’on leur avait promise, et la corruption là-dedans… Les logements qui étaient alloués auparavant aux étudiant.e.s de l’INSAAC ont été vendu et les loyers sont trop chers pour qu’ils y vivent. Alors pour payer leurs études et leur nourriture, beaucoup vendent leurs œuvres. Une sacrée formation au marché de l’art ! Et certains ont des emplois ; Gérard est professeur d’arts plastiques au conservatoire.

Ils concluent en répétant l’importance de l’art dans le monde, dans la vie, que l’art est sacré. Et comme Gérard l’exprime à travers son concept de peinture : Zorpihôtô, « C’est l’art, c’est la beauté. Cela dépend des points de vue. La beauté est dans les yeux de celui qui la regarde. »

  1. Patalacci Daniela

    Bravo très belle initiative. Je suis actuellement au Mozambique et ici comme partout en Afrique ils ont l’art de la récupération et de la réutilisation . Parfois même incroyable. Bonne chance à toutes les deux.
    Daniela

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